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Association pour la Promotion et la Responsabilisation des Acteurs de la Pêche Artisanale Maritime

Lettre ouverte à Son Excellence Monsieur Macky SALL, Président de la République du Sénégal

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il y a 10 ans 17 232 Actualité


Mauritanisation des équipages de pêche artisanale

Le couperet est finalement tombé le 15 juin 2011. Désormais, tous les exploitants et propriétaires mauritaniens des embarcations de pêche artisanale sont sommés de n’embarquer que des marins mauritaniens annonce une circulaire du ministre des pêches.

Vague océan

100% de mauritaniens à bord. C’est la consigne ferme donnée par le ministre des pêches et de l’économie maritime à tous les exploitants et propriétaires d’embarcations de pêche artisanale pêchant en Mauritanie. La circulaire prévoit également que «tout manquement à cette disposition expose» le contrevenant à des sanctions. Le respect scrupuleux d’une telle mesure sera observé par la délégation à la surveillance des pêches et contrôle en mer (dspcm). 6400 pirogues, formant le parc des embarcations artisanales, sont concernées. En moyenne, on y retrouve 6 marins embarqués. La mesure reste cependant différemment appréciée dans un secteur encore classé dans l’informel.

Mesure salvatrice ?

Du point de vue des initiateurs de cette mesure, il n’y a pas de raison que des étrangers quels qu’ils soient occupent des emplois auxquels les mauritaniens peuvent accéder. Cette perception se justifie par le fait que le secteur de la pêche artisanale, plus de 6000 embarcations, est source d’emploi rémunérateur. Les autorités escomptaient même une politique de mauritanisation graduelle qui permettrait d’insérer dans ce circuit des dizaines voire des milliers de mauritaniens formés dans des écoles comme l’ENEMP (Ecole nationale de l’enseignement maritime et des pêches) ou encore au CASAMPAC

(Centre d’Animation Sociale et d’Apprentissage aux Métiers de la Pêche Artisanale et Continentale). Dans la réalité, le taux de perdition dans ces centres de formation est évalué à près de 70% alors que les 30% restants n’arrivent pas, tous, à acquérir une expérience à bord et grossissent donc le rang des chômeurs. Dans ce cadre l’efficacité des centres de formation est remise en cause car à égalité d’accès à l’emploi, les propriétaires et exploitants, en raison même de la performance recherchée, préfèrent faire appel à des pêcheurs de tradition ; souvent sénégalais. En Mauritanie, en effet, exceptés les gens de Ndiago et les Imraguens, très peu de mauritaniens ont cette culture de pêche notamment pour la pêche à la ligne, au filet ou à la senne. Le cycle de la formation de six mois ne semble pas non plus suffire à l’exigence et l’endurance professionnelles de ce secteur. Il se poserait également le recyclage des formateurs engagés dans des circonstances particulières (événements sénégalo-mauritaniens de 1989). De plus, le risque décourage souvent les mauritaniens à vouloir s’embarquer sur des pirogues où les conditions de travail concernent parfois l’intimité de la personne. Les sénégalais, eux, travaillent souvent en famille et ne s’arrêteraient pas à ses «détails». Mais l’on indique que la volonté politique demeure de favoriser l’insertion des mauritaniens dans ce secteur dynamique.

L’exportation affectée ?

Si la pêche au poulpe semble largement sortir de ce créneau (mauritanisation accrue), la pêche aux démersaux et pélagiques pourraient être affectée. En effet, de l’avis d’artisans, même si l’on reconnaît l’extraversion de ce sous-secteur vers l’exportation, l’impact négatif de la circulaire va se répercuter notamment sur les usines et donc le travail à terre, le transport dont l’activité est sous-tendue par la production des pirogues de pêche, avec souvent des sénégalais à bord, qui pourvoient en poissons frais ou congelé. Ce secteur emploierait en effet une forte main d’œuvre étrangère. Il s’agirait d’au moins 500 emplois localisés pour l’essentiel à Nouakchott. Mais assurent les artisans, si l’interdiction n’est pas suivie d’un remplacement effectif et efficace, même l’approvisionnement du marché de Nouakchott pourrait en souffrir. Ils estiment les pertes éventuelles pour le secteur de l’exportation consécutivement à cette mesure d’interdiction à un milliard d’ouguiyas par mois (exportation et farine de poissons). Alors a-t-on mis la charrue avant les bœufs?

Jedna DEIDA Source : www.quotidien-nouakchott (site hors ligne)